3 QUESTIONS à……Barbara Villez
Barbara Villez est la présidente du jury du festival 2008.
Professeur des universités à Paris 8, Barbara Villez a publié « Séries
télé, visions de la justice » et collabore avec Antoine Garapon, à
l’Institut des Hautes Etudes sur la Justice ( IHEJ) à Paris.
1) Barbara Villez, Vous avez étudié la représentation de la justice dans les séries américaines. Comment expliquez vous l’ engouement du public pour ces séries ?
“La structure des séries télé des vingt dernières années (période connue aux Etats-Unis sous le nom de Quality TV), est basée sur des scénarios à récit ouvert, une trame narrative complexe qui se poursuit et se développe au fil des épisodes. L’implication de réalisateurs et d’acteurs connus font que le public entre facilement dans le jeu des séries et se fidélise. Le fait que, depuis longtemps, les scénaristes des séries judiciaires ont souvent une expérience personnelle des professions juridiques font qu’ils posent des questions pertinentes sur le fonctionnement du système judiciaire réveillant la curiosité des téléspectateurs. ”
2) Si la connaissance de notre système judiciaire passe d’abord par les images de télévision, quels en sont les principaux effets ?
“Aujourd’hui nous avons tous une culture visuelle. Les messages passent plus vite par l’image et on arrive à transmettre des informations bien plus complètes et plus complexes. La télévision est un outil extrêmement efficace qui a démocratisé la
diffusion de connaissances. Elle est parfaitement adaptée à cette culture visuelle. Les problèmes se créent lorsque les informations sur la justice sont trop brièvement traitées, voire erronées, donnant ainsi une fausse idée du système judiciaire en France. Les chaînes diffusent depuis longtemps des émissions américaines sur la justice ce qui produit un
brouillage de repères des citoyens français. Un effet positif en revanche de la diffusion de ces séries importées est d’avoir créé un engouement dans le public car la curiosité est la condition sine qua non de tout apprentissage.”
3) Vous avez suivi les travaux de la commission parlementaire au sujet de l’affaire d’Outreau. A cette occasion, les spectateurs ont pu voir le fonctionnement et le dysfonctionnement du système. A votre avis, que peut on faire, plus largement, pour que les citoyens connaissent mieux leur justice?
“Les téléspectateurs ont surtout vu des images du dysfonctionnement du système pendant l’affaire d’Outreau car les étapes de la procédure n’ont pas été mises en images. Ils n’ont pu découvrir le travail du juge d’instruction dans cette affaire que lorsqu’il y avait des reportages sur les problèmes. Un effort existe en ce moment de diffuser plus de films documentaires sur la justice française. Mais le public continue à regarder les fictions judiciaires américaines et il serait utile d’attirer leur attention vers les différences. Il y a plusieurs façons de corriger la situation, mais dans un premier temps, il faut profiter des séries importées pour intéresser le public aux questions actuelles. Pourquoi ne pas faire suivre un épisode de série, diffusée à l’heure de grande écoute, par une émission où les différences entre ces deux systèmes (Common Law et Droit romano-germanique ; système américain et système français) seront révélées ?”
Recemment
