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“Objection, votre honneur !”

fév 05, 2008 in Vie du festival

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Quel est le mot le plus utilisé dans l’extrait que vous venez de Voir?

” Objection ”
Ce mot est il utilisé dans la procédure francaise ?
Au lycée Anita Conti de Bruz , les élèves de seconde ont découvert les différences entre la justice francaise et la justice américaine en compagnie de Barbara Villez, présidente du jury du festival ” Images de justice” 2008.

Pour Barbara Villez , universitaire et auteur du livre ” Séries télé : visions de la justice “, la culture juridique des collégiens et lycéens est issue à 70% de la consommation des séries télé américaines. D’où sa proposition de partir de ces séries pour faire un travail de sémantique et d’éducation civique.

3 questions à … Francis Lintanff

jan 31, 2008 in Vie du festival

francislintanff.jpgFrancis Lintanff
Directeur de la Santé, Poissy, Fresnes, Fleury-Mérogis
Puis directeur de l’ENAP, directeur régional des Services pénitentiaires à Dijon et en dernier lieu inspecteur des services pénitentiaires.Actuellement consultant à l’étranger sur la modernisation des prisons.

1) Francis Lintanff, vous avez exercé des responsabilités comme directeur d’établissements pénitentiaires, à la Santé et à Fleury-Merogis. Dans votre expérience personnele, quel est le changement le plus important , celui qui vous a marqué,intervenu dans les prisons ces trente dernières années ?

“Il serait difficile de limiter à un seul point les changements qui ont marqué cette institution au cours des trente dernières années. Je retiendrai donc trois axes qui ont, à mes yeux, fait évoluer fortement l’administration pénitentiaire:
-La réforme dite de “1975″ , mise en oeuvre après les mutineries violentes survenues dans les prisons françaises au cours de l’été 1974 ) cette réforme a porté sur l’ensemble des mesures touchant à l’exécution des peines pour permettre au détenu de devenir progressivement un sujet de droit. Dans la pratique, les détenus ont bénéficié de mesures nouvelles mesurestendant à améliorer leurs conditions de détention: libre accès à la presse et à la radio, suppression de la limitation des correspondances échangées avec la famille, assouplissement du régime disciplinaire, création des entres de détention dont le régime libéral favorise la vie collective et l’ensemble des activités qui s’y attachent. Cette réforme a également encouragé l’instauration d’un nouveau type de relations entre détenus et personnels pénitentiaires, basé sur l’échange et le respect mutuel. (antérieurement le silence était la règle).

- Dans les années qui ont suivi, le Juge de l’Application des Peines (J.A.P.) s’est progressivement installé au coeur du dispositif d’exécution des peines, permettant ainsi de développer certaines modalités d’exécution de la peine telles que la semi-liberté, le placement à l’extérieur, la libération conditionnelle et les permission de sortie. Parallèlement, ce magistrat s’est trouvé investi dans le développement des actions en milieu ouvert aujourd’hui assurées par les services pénitentiaires d’insertion et de probation ( S.P.I.P.), composante significative de l’institutionpénitentiaire.

- Au cours des vingt dernières années, l’ Administration Pénitentiaire s’est fortement engagée dans un processus de décloisonnement en direction de partenaires institutionnels et associatifs. Ces partenariats nouveaux ont eu pour effet de favoriser le développement des activités sportives,culturelles, de travail et de formation, ainsi que la prise en charge sanitaire des détenus.

2) L’ état des prisons françaises est dénoncé dans de nombreux rapports.
A votre avis, en matiere de réforme pénitentiaire, quelle devrait être la priorité?

“L’état de nos établissements, tel qu’il a été décrit, notamment par les commissions d’enquête parlementaires, résulte très directement de l’insuffisance chronique des dotations budgétaires allouées au Ministère de la Justice. Les efforts consentis au cours des dernières années ne suffiront pas à combler le retard accumulé, tant au plan de la maintenance et de la rénovation du parc immobilier ancien qu’en matière de constructions nouvelles.
Un programme de construction de 13 000 places nouvelles est en cours d’exécution, il serait judicieux d’en assurer la reconduction.”

3) Bresson, Renoir ou Steve mac Queen? Indiquez quelles sont vos préférences cinématographiques : Un condamné à mort s’est échappé”, ” la règle du jeu”
ou “la grande évasion “?

Ma préférence : Un condamné à mort s’est échappé.

3 questions à … Daniel Karlin

jan 31, 2008 in Vie du festival

danielkarlin.jpgDaniel Karlin, c’est un nom, souvent associé à celui de Tony Lainé, psychanalyste avec qui il écrit “ La raison du plus fou (1970) et réalise de nombreux films. C’est aussi une voix, qui inaugure à la télevision un mode d’interview engagé et empathique, reconnaissable entre toutes. Récompensé par un sept d’or en 1992 pour sa série documentaire “ justice en France “, Daniel Karlin a siégé à la haute autorité de la Communication (qui s’appelera plus tard le C.S.A ) et revendique toujours son indépendance d’esprit.

1°) Daniel Karlin, vous avez réalisé pour la télévision ” Justice en France ” au début des années 90. Pourquoi vous êtes vous intéressé à ce sujet et quels obstacles aviez vous rencontré à l’époque pour réaliser ces six films sur la justice?

« L’amour en France », diffusé en 1990, se terminait par les deux épisodes de « Radiographie d’ un meurtre », portrait d’ un condamné à perpétuité détenu à Fresnes, débouchant sur une réflexion autour d’une affaire criminelle. Tony Lainé, Philippe Boucher, Rémi Lainé et moi avions considéré que la Justice était passée totalement à côté d’ une histoire terrible, qui sans doute aurait connu un aboutissement très différent devant une autre juridiction et avec la participation d’autres défenseurs. Ce sentiment d’une relativité exagérée du fonctionnement de l’ institution judiciaire, et le constat de mon ignorance des fondamentaux de la Justice française, m’ ont donné envie de présenter à mes concitoyens un panorama des diverses instances judiciaires de notre pays. Séduit par le projet, Pierre Arpaillange, ministre de la Justice a pris le risque de me laisser tourner où je voulais “ ce dont je lui suis d’autant plus reconnaissant qu’il ne l’a pas fait pour m’être agréable, mais pour « faire connaître aux Français le fonctionnement de leur Justice». On ne s’étonnera pas, que dans ces conditions, je n’ ai pas rencontré de résistances considérables à l’intérieur de l’institution. Le seul problème auquel j’ai été confronté a été l’opposition déterminée de Pierre Truche, alors Procureur Général de Paris, à nous laisser filmer les audiences de flagrant délit dans la capitale, pour des raisons qui restent à déterminer. Sinon, tous les hauts magistrats que j’ai rencontrés, dont le Président de la Cour de cassation, le directeur de l’administration pénitentiaire, le directeur de la Protection judiciaire de la Jeunesse (alors dite Education surveillée), se sont déclarés très favorables au projet et m’ont laissé tourner dans les conditions que je réclamais partout où j’ai voulu, dans les tribunaux, les prisons et les institutions pour la jeunesse. Car c’ est moi qui ai décidé de masquer le visage de trois ou quatre mineurs dans « Les enfants du juge Véron » (4 films de 90 minutes), et de ne pas citer les noms des jurés au générique de « La justice passe » (2 films de 90 minutes sur le suivi intégral de l’instruction et du procès dans une affaire criminelle à Lille).

2°) Un débat traverse les milieux judiciaires et médiatiques sur l’opportunité d’ouvrir les tribunaux français aux caméras de télévision. Qu’en pensez vous ?

Je suis pour ouvrir les tribunaux français aux caméras de télévision, dans des conditions et selon un calendrier à définir. Je préconise la création dans un premier temps d’ une chaîne câblée inspirée de la chaîne américaine « Court TV », à qui on laisserait l’exclusivité des retransmissions de procès pendant un an par exemple, à charge à elle de laisser d’autres chaînes se brancher sur son signal, là encore dans des conditions et selon des modalités à définir. Un cahier des charges extrêmement rigoureux, surveillé par un comité d’ éthique composé de personnalités incontestables, lui ferait obligation de retransmettre les procès dans leur intégralité et en direct et de donner aux téléspectateurs une vue d’ensemble de la justice civile et pénale. Je ne mésestime pas les difficultés éthiques, juridiques et techniques d’ un tel changement, mais il est absolument nécessaire selon moi de redonner tout son sens à l’expression « publicité des débats », fondement d’une justice démocratique dont la revendication fut un des grands combats de la Révolution française.

3°) Le procès d’Outreau a fait surgir la nécessité de reformes profondes de la justice. Quelle est la principale réforme à effectuer selon vous ?

Laissons de côté la procédure : la française a ses qualités et ses défauts, comme l’anglaise ou l’américaine, qui permettent globalement de bien rendre la justice. Pour le reste, il n’ y a pas de « principale réforme », car tout est à revoir. Le recrutement des magistrats, leur formation, leur nombre et les moyens dont ils disposent. La réalité de leur indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, la nécessité qu ils soient responsables de leurs actes et de leurs décisions devant la nation. Mais encore la formation et l’ information des citoyens quant au fonctionnement de leur justice, pour lesquelles la publicité réelle des débats abordée au point précédent, est elle aussi une réforme urgente et indispensable. Et encore le coût réel pour les justiciables d’ester en justice et de se défendre contre tous les abus de pouvoirs, publics ou privés.

3 QUESTIONS à……Barbara Villez

jan 28, 2008 in Vie du festival

Barbara Villez est la présidente du jury du festival 2008.
Professeur des universités à Paris 8, Barbara Villez a publié « Séries
télé, visions de la justice » et collabore avec Antoine Garapon, à
l’Institut des Hautes Etudes sur la Justice ( IHEJ) à Paris.

1) Barbara Villez, Vous avez étudié la représentation de la justice dans les séries américaines. Comment expliquez vous l’ engouement du public pour ces séries ?

“La structure des séries télé des vingt dernières années (période connue aux Etats-Unis sous le nom de Quality TV), est basée sur des scénarios à récit ouvert, une trame narrative complexe qui se poursuit et se développe au fil des épisodes. L’implication de réalisateurs et d’acteurs connus font que le public entre facilement dans le jeu des séries et se fidélise. Le fait que, depuis longtemps, les scénaristes des séries judiciaires ont souvent une expérience personnelle des professions juridiques font qu’ils posent des questions pertinentes sur le fonctionnement du système judiciaire réveillant la curiosité des téléspectateurs. ”

2) Si la connaissance de notre système judiciaire passe d’abord par les images de télévision, quels en sont les principaux effets ?

“Aujourd’hui nous avons tous une culture visuelle. Les messages passent plus vite par l’image et on arrive à transmettre des informations bien plus complètes et plus complexes. La télévision est un outil extrêmement efficace qui a démocratisé la
diffusion de connaissances. Elle est parfaitement adaptée à cette culture visuelle. Les problèmes se créent lorsque les informations sur la justice sont trop brièvement traitées, voire erronées, donnant ainsi une fausse idée du système judiciaire en France. Les chaînes diffusent depuis longtemps des émissions américaines sur la justice ce qui produit un
brouillage de repères des citoyens français. Un effet positif en revanche de la diffusion de ces séries importées est d’avoir créé un engouement dans le public car la curiosité est la condition sine qua non de tout apprentissage.”

3) Vous avez suivi les travaux de la commission parlementaire au sujet de l’affaire d’Outreau. A cette occasion, les spectateurs ont pu voir le fonctionnement et le dysfonctionnement du système. A votre avis, que peut on faire, plus largement, pour que les citoyens connaissent mieux leur justice?

“Les téléspectateurs ont surtout vu des images du dysfonctionnement du système pendant l’affaire d’Outreau car les étapes de la procédure n’ont pas été mises en images. Ils n’ont pu découvrir le travail du juge d’instruction dans cette affaire que lorsqu’il y avait des reportages sur les problèmes. Un effort existe en ce moment de diffuser plus de films documentaires sur la justice française. Mais le public continue à regarder les fictions judiciaires américaines et il serait utile d’attirer leur attention vers les différences. Il y a plusieurs façons de corriger la situation, mais dans un premier temps, il faut profiter des séries importées pour intéresser le public aux questions actuelles. Pourquoi ne pas faire suivre un épisode de série, diffusée à l’heure de grande écoute, par une émission où les différences entre ces deux systèmes (Common Law et Droit romano-germanique ; système américain et système français) seront révélées ?”

« Pas d’image juste, Juste une image! »

jan 15, 2008 in Vie du festival

  Il serait tentant, dans un festival de films documentaires sur la justice de présenter des “images justes”. Or, s’il y a bien une balance pour peser les arguments de la justice, il n’existe pas d’instrument équivalent en matière de cinéma. L’image comme preuve est réservée aux caméras de surveillance : la caméra d’une banque peut confondre un voleur. La caméra du documentariste saisit du réel pour le découper, l’ interpréter et donner aux spectateurs les moyens de l’interroger. Comme l’indiquait Jean luc Godard, “Il n’ y a pas d’image juste, mais juste une image”. Selon le philosophe Clement Rosset, cette réalité mise à distance est la source principale du plaisir offert par le cinéma : “le cinéma nous offre tout ce que la réalité nous épargne alors qu’elle l’inflige à d’autres et pourrait nous l’infliger à nous mêmes : une condamnation à la prison ferme,.un tueur qui guette dans l’ombre”.(Clément Rosset, Propos sur le cinéma, P.U.F, 2001, 140 p.).La justice réelle n’est pas un spectacle pour ceux qui la vivent au quotidien. Elle le devient au cinéma, car ces personnes que nous voyons au procès sont devenus les personnages d’un film, la scène judiciaire projetée sur grand écran échappe au réel pour être dans un autre espace et une autre temporalité.

Jusqu’où peut aller la transformation du spectacle en hystérie spectaculaire dans une société qui est à la recherche de plus en plus de transparence ? Ces caméras de surveillance qui s’installent aujourd’hui sur nos écrans de télévision nous font redouter le pire, c’est à dire l’ abolition d’une distance critique et la transformation du spectateur en voyeur justicier, en pseudo juré solitaire affalé dans son canapé. Les films que vous verrez , tout au long de cette semaine, nous les avons choisi parce qu ‘ils  tentent d’échapper à cette idéologie de la transparence qui veut tout voir au grand angle . Parce qu’ils sont  des regards  de réalisateurs sur la justice, ils portent les récits d’une relation avec les humains que sont des juges, des avocats, des voleurs, des criminels, des détenus. S’il y a une vérité judiciaire (et certains le contestent), il n’y a pas de cinéma vérité. Juste une vérité du cinéma.

Si ces images nous aident à nous questionner ensemble sur le fonctionnement de la justice, elles doivent aussi nous questionner, aujourd’hui, sur la représentation du travail de justice.

Ariel Nathan, responsable de la programmation du festival

Livres : La sélection d’ Images de Justice 2008

jan 15, 2008 in Vie du festival

  • Antoine Garapon et Denis Salas. Les nouvelles sorcières de Salem, leçons d’Outreau. Seuil, 2006. 166 p.  ISBN 2-02-090672-4
  • Barbara Villez. Séries télé : visions de la justice. Hors collection, 2005. 193 p. ISBN 978-2-13-054776-1
  • Catherine Herszberg. Fresnes, histoires de Fous. Seuil, 2006. 184p.  ISBN 978-2-02-086379-7
  • Marc Renneville. Crime et folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires, Paris, Fayard, 2003, 527 p. ISBN : 2-213-608-334.
  • Christian Delage. La vérité par l’Image ; De Nuremberg au procès Milosévic. Denoel. 2006. 378 p. ISBN 2207257983
  • Michel Tanneau et Hélène Hémon. L’affaire Caroline Dickinson. Une enquête hors du commun. Apogée, 2005. 159 p. ISBN 2843981964
  • Eric Halphen. Le bal des outrés Propositions en réponse à ceux qui veulent tuer le juge d’instruction. Editions privé, 2006. 231 p. ISBN 2350760219
  • Hélène Bellanger. Vivre en prison : Histoires de 1945 à nos jours. Hachette littératures, 2007. 334 p. ISBN 2012372805
  • Sylvie Lindeperg. Nuit et brouillard, un film dans l’histoire. Odile Jacob, 2007. 288 p. ISBN 2738118682
  • Thierry Lévy. Nos têtes sont plus dures que les murs des prisons. Grasset & Fasquelle, 2006. 83 p. ISBN 2246696712
  • Revue Images documentaires N° 54. Images de la justice. 168 p.
  • le site de Criminocorpus