Lettre à un futur citoyen du monde

S’informer pour devenir libre et juste
 
Ecrire un article sur « la presse, la justice et la démocratie ». Telle était la consigne donnée au journaliste pour clore ces « Questions de justice ». Je préfère m’adresser au lecteur de façon plus personnelle. Par une lettre à un futur citoyen du monde. Car j’ai besoin de lui, de toi. Les journalistes civiques ont choisi les mots pour créer des liens et pour raconter les maux du monde, les penser (panser ?). Ils ont besoin de lecteurs décidés à faire l’effort de s’informer.
 
Pourquoi cet effort ? Pour ne pas se contenter de clichés, de caricatures voire de rumeurs. Pour savoir avant de juger, pour connaître l’étranger et le découvrir proche. Pour comprendre les rouages de la société et apprendre comment la changer, en mieux. Pour penser globalement et agir localement. En ouvrant le journal, on s’ouvre au monde, à l’autre.
 

L’information nourrit la démocratie. Si la « mal-bouffe » affecte les corps,
la « mal-presse » peut diffuser des virus, en chacun et dans la société.
A nous, journalistes, d’être à la hauteur de nos responsabilités, de ne pas prêter le flanc à la suspicion. En évitant l’inculture et la connivence, les vertiges de l’instantané et les facilités du spectaculaire. En sachant jardiner le lien social. Partout dans le monde, des journalistes payent de leur vie cette mission au service de la vérité et de la démocratie.
 
A toi lecteur, « consommateur d’actualité » d’apprendre, aussi, ton rôle dans la Cité.
Comment ? J’ose quelques conseils. Ouvre ton coeur aux « blessures d’information » que sont souvent les drames de l’actualité, résiste à la tentation de l’indifférence, de la fuite ou du repli sur soi. Mais affine ton regard, apprends à décoder les images, analyse le traitement de l’information, ses sources, ses écritures, ses intentions, ses contraintes. Trouve la juste distance critique. Sans dénigrement ni ricanement. L’ironie, dit-on, peut-être de la haine qui s’amuse…
 

Choisis les médias qui répondent à tes questions, mais aussi à celles que tu aurais dû te poser, et se complètent. Sache qu’en lisant tel article dans tel journal, qu’en regardant telle ou telle émission à la télévision tu les légitimes et leur permets de vivre ; tu modèles la société dans laquelle tu veux vivre. Puis, réfléchis, échange, dénonce, engage-toi, à ta mesure, dans ce qui t’est le plus proche !
 
La démocratie a besoin de médiateurs exigeants, responsables, justes, libres. Et de citoyens dotés des mêmes qualités. Alors, faisons cet effort, méritons-nous ! « Le monde n’est pas malade, il enfante ? ».
Poussons l’écrit… d’espoir !
 

 
Patrick La Prairie
Journaliste
Chargé de mission Presse-Ecole
à la rédaction en chef d’Ouest-France
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