Un avocat doit-il défendre
tout le monde ?







«Les défendre tous !»

Toute personne accusée a le droit d’être assistée par un avocat. C’est un principe essentiel du procès équitable qui est affirmé dans tous les pays démocratiques et qui figure dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
On peut s’interroger sur l’opportunité ou la nécessité d’une défense face à un crime particulièrement horrible.
Ceci ne doit pas faire oublier que, quel que soit l’horreur du crime, c’est une personne que l’on juge : d‘abord pour déterminer si elle est coupable ou non et ensuite pour lui infliger la sanction adaptée, mais seulement si elle est reconnue coupable.
L’histoire de la justice pénale est malheureusement jalonnée d’erreurs judiciaires qui, même si elles sont peu nombreuses restent cependant la marque de l’injustice la plus choquante, celle de l’innocent condamné.
D’autre part, les citoyens ne connaissent pas forcément toutes les règles du droit et le fonctionement de la justice. Ils ont alors le risque d’être dépassés, parfois broyés par une institution qu’ils ignorent et qu’ils craignent.
C’est donc une garantie d’un juste procès que la présence aux côtés de la personne accusée ou de la victime d ‘un professionnel qui, lui, con-naît les règles et peut permettre au justiciable de faire valoir ses droits sans risque d’erreurs ou d’omission par ignorance.

Et si le coupable a avoué son crime, me direz-vous ?

Sachez que même le droit français ne considère pas l’aveu comme une preuve absolue. Quelqu’un peut avouer par peur, par vantardise ou pour toute autre dérive psychologique un crime qu’il n’a pas commis.
Récemment, la Cour de Cassation a ordonné la révision d’un procès concernant Patrick Dils qui avait été condamné pour avoir tué deux enfants, crime qu’il avait avoué puis nié.


Plus de quinze ans après, on a pu apprendre qu’un tueur en série Francis Heaulme, qui a déjà été condamné pour certains crimes et attend d’être jugé pour d’autres, se trouvait à proximité des lieux du crime au moment où il a été perpétué, ce qui amène la justice à se poser la question de savoir si elle n’a pas commis une erreur en condamnant Dils, au point d’ordonner qu’il soit rejugé.
Cela aurait-il été possible sans l’assistance et la tenacité d’un avocat auprès de celui qui proclame depuis des années son innocence du fond de la prison ?
C’est la réponse à cette question qui montre la nécessité pour toute personne d’être défendue par un avocat.

Yann Choucq, avocat